lundi 14 septembre 2015

14.09.2015 21ème étape

Rabanal del Camino - Molinaseca 27,5 kms - 6h45.




Une fois n'est pas coutume, je vais partir à une heure raisonnable 7h00.

Ce n'est pas que tout à coup je me suis assagi, mais parce-que la distance est plus courte et que cette fois-ci,  çà y est c'est la montagne, celle des Montés de Léon,  et ce sur toute la portion.

Je suis à 1150 m, je vais monter à 1504 m à la très célèbre Cruz de Ferro avant de descendre jusqu'à Molinasesca à 590 m.

Les mollets vont être très sollicités.

Je sors tout d'abord du village entre deux murets de pierres sèches (Eh oui Charles, même s'il a plu cette nuit).

Et je me retrouve quelques minutes plus tard plongé dans le noir complet.
Le sol étant mouillé,  il n'est plus aussi clair que les autres jours, vous ajoutez à cela la couverture nuageuse et vous n'avez qu'une seule solution sortir la lampe de poche.

Ce que je m'empresse de faire pour grimper le premier raidillon qui me conduit à Foncebadon, 300 m d'altitude plus haut.


Le vent est froid, je mets mes gants. Je ne sais pas pourquoi,  mais ça me donne l'impression de partir à la messe de minuit. Le chemin devient rapidement un sentier qui se faufile dans une mer de fougères, sans vague.

Arrivé au premier sommet,  je me retourne instinctivement pour admirer les premiers rayons du soleil qui tentent en vain de percer les nuages.

Et là, j'admire cette procession de lampions sur le flanc de la colline qui ressemble à une descente aux flambeaux aux sports d'hiver,... mais qui monte.


Je suis maintenant sur une partie moins pentue avant d'arriver à Foncebadon et aussitôt la végétation change,  ce n'est que champs de bruyères et je commence à deviner les Montés del Léon.



Mais les nuages sont têtus et essayent de s'accrocher, coûte que coûte aux sommets.



Encore un effort, car j'arrive d'ici peu à la Cruz de Ferro, située à 7 kms du départ. C'est en foulant le Monté Irago, que j'accède à ce cairn à 1504 m où chaque pèlerin est invité à ajouter une pierre portée depuis son départ,  laissant là symboliquement ce qui lui pèse ou ses péchés. Ce geste, je le fais aussi, avec respect.



Puis je poursuis vers Manjarin où je suis fort aise de faire une halte, après seulement 2h30 de marche. Mais il fait tellement froid qu'un bon café chaud dans ce village insolite où restent deux habitants qui me font bien penser à nos deux acteurs imperturbables Louis de Funès et Jean Carmet dans le film " La soupe aux choux".



Après le passage du Collado de los Antenas à 1515 m, je descend jusqu'à ma destination finale, 14 kms plus loin située à 590 m.

Je traverse deux villages très charmants, où le temps semble s'être arrêté : El Acebo qui veut dire le houx.



Puis Riego de Ambros afin de rejoindre la vallée verdoyante du Bierzo.



Et c'est vers 13h45, après avoir bavardé avec une femme de Vitré, et ce pendant 1/2 heure, que Molinaseca m'accueille en me présentant d'abord son église San Nicolas et en franchissant son joli pont d'origine romane qui enjambe le Rio Miruelo.

Notez tout de même que mon bavardage ne m'empêche pas de descendre sur 2 kms une pente raide et que tout compte fait, je ne m'en suis pas aperçu.







J'ai enfin enlevé mes gants.

C'est avec des cuisses en béton,  après la descente, que je fais les derniers pas pour trouver une place à l'albergue San Marina. J'y prendrais, ce soir, un dîner communautaire,  ça va changer.

dimanche 13 septembre 2015

13.09.2015 20ème étape

Villares de Orbigo - Rabanal del Camino - 37 kms 8h30.



Je vous entends me demander : Mais que faites-vous de vos soirées ? La réponse est simple, hier soir par exemple, après avoir mangé vers 19h30, j' ai été m'allonger sur mon lit.

Et en 2 secondes, le sommeil m'a emporté. Pas étonnant me direz-vous, après des réveils si matinaux et l'effort physique de la journée.

Pourtant au réveil, je suis en pleine forme, à peine courbaturé. Les premières foulées vont dissiper les doutes et à 7h me revoilà sur le chemin à l'assaut du premier village de Santibanez de Valdeiglesias,  distant de 2kms.

Enfin, ça grimpe, le chemin est sinueux et bordé de chênes verts. Je suis le plus heureux des hommes,  dans cette jolie nature, dommage que le temps soit couvert, car la visibilité est réduite.


Je passe devant la cruz del valle où les artistes s'expriment.


Plus loin un point de vue sur Astorga s'offre à mes yeux ébahis au Cruceiro Toribio.


Maintenant je vais descendre vers cette ville, située au pied de la Sierra du Teleno et où commence la Maragateria.
Je visite sa cathédrale très ouvragée avant de reprendre le chemin.





Je prends la direction de Murias de Rechivaldos où je dois bifurquer pour aller voir un joli petit village: Castrillos de Los Polvazares.




Ce village a conservé son pavage ancien. Mais ceci n'est pas recommandé pour le 3ème âge, encore moins pour les pèlerins.  Je risque à chaque pas de me tordre les chevilles.

 

Je rattrape 1,4 km plus loin le camino qui rentre dans Santa Catalina de Somoza. J'ai juste le temps de me mettre à l'abri sous le porche de l'église et la pluie se met à tomber drue et je sais déjà que ce sera pour toute l'après-midi. Alors même s'il est 11h, tant pis,  je vais manger, çà fera passer le temps et espérons que madame la pluie aura la bonne idée d'aller arroser d'autres lieux.



C'est donc sous la pluie fine que je vais terminer cette journée.  Je vais donc m'arrêter à l'auberge municipale de Rabanal del Camino où je suis accueilli avec le soleil.



Ces albergues sont une trouvaille, on peut y dormir dans un lit pour 5 à 10 euros, y faire sa lessive et préparer à manger. Que demander de plus !

samedi 12 septembre 2015

12.09.2015. 19ème étape

Trobajo del Camino - Villares de Orbigo - 38 kms - 8h45.


Au réveil, j'entends la pluie tomber sur les tuiles. Il va donc falloir que je m'équipe en conséquence, mettre la toile étanche sur mon sac, mes guêtres pour éviter que l'eau ne tombe dans les chaussettes et créer des ampoules. Et tout l'ensemble, homme compris sous ma bâche verte.
 Je vais plus ressembler à un petit bonhomme vert arrivé de la planète Mars qu'à un pèlerin.

Mais le temps de sortir tout le matériel,  la pluie cesse. Je tente le coup de ne rien mettre, je pars juste équipé de ma polaire. Bien m'en a pris, 7 kms plus loin, je m'arrête pour enlever ma polaire, il fait déjà 17 degrés, sous la couverture nuageuse.

A la Virgen del Camino,  j'ai deux solutions, soit je suis la nationale N° 120 sur 26 kms, avec tous ses "agréments ", soit je fais un détour de 7 kms et je passe par la nature sauvage.

Pas d'hésitation, la nature est un luxe qui n'a pas de prix.

Et je ne suis pas déçu, le chemin devient sinueux,  il n'y a plus de voitures, plus de pèlerins, mais plus (+) d'arbres, plus(+) de nature sauvage, plus(+) de côtes.



Enfin, je re-découvre ce qu'est un horizon, avec ces formes généreuses, celles des montagnes, certes encore loin, mais qui donnent envie d'avancer.

Et justement,  je vais avancer jusqu'à Villar de Mazarife à 21 kms pour y faire une petite pause.



Toujours réconfortant, de prendre un café dans les petits bars locaux. On y voit la vie dans ces campagnes et c'est toujours l'occasion de croiser des pèlerins et d'échanger dans toutes les langues (anglais,  espagnol, français,  et langue des signes quand on n'y arrive pas).

Car le pèlerin fatigue et a besoin parfois de réconfort et d'un peu d'ombre. Quoique là je ne sais pas qui du pèlerin ou du siège est le plus fatigué.




Au moment de repartir,  le soleil brille et je vois que je n'ai plus mon chapeau. Où est mon chapeau ? Qui m'a pris mon chapeau ? Qu'on me rende mon chapeau.

En fouillant dans mon sac à dos, je découvre qu'il est enfoui sous ma polaire que j'avais enlevé ce matin.

Ouf ! Je me voyais cuire le reste de la journée, car le ciel devient bleu.
Direction Hospital de Orbigo, cité née au XIIème siècle, pour y admirer son très joli pont médiéval qui passe au dessus du Rio Orbigo.  Il est long de 200 m et compte pas moins de 20 arches.



Il ne me  reste plus que 3 kms pour me rendre à l'albergue de Villares de Orbigo.

J'adore ces auberges, au milieu du village, juste en face le bar. On peut traverser la rue pieds-nus et se désaltérer à la terrasse du café, le passage de voitures étant quasiment inexistant.




Les bars sont un véritable lieu de vie où la population locale se retrouve. Principalement, on y voit des hommes discutant le coup à voie forte. D'autres sont attablés autour d'un jeu de dominos. Tout ceci sur un bruit de fond de match de foot. Quel délice...

Mais, j'ai aussi besoin de calme et de repos, aussi je retourne avec mon chocolat chaud sur mon ilôt en plein milieu de la rue, afin de faire mon blog et vous narrer ma journée.








vendredi 11 septembre 2015

11.09.2015 18ème étape

Reliegos - LEON - Trobajo del Camino - 31 kms - 6h30.



Je laisse ce village de Reliegos, dès 6h30, pour me diriger vers la cité fortifiée sur le Rio Esla, Mansillas de las Mulas.

Comme chaque matin je prends plaisir à sortir dans la nuit, sentir la fraîcheur de l'air et entendre le chant du coq. Je peux même dire le chant des coqs qui se répondent mutuellement à gorges déployées. A l'écart du village, la nuit noire reprend ses droits et le firmament offre toute sa splendeur. Si mon neveu Geoffroy était là, il pourrait me dire le nom de l'étoile située à droite de la lune, à 10 mn. Elle m'attire l'oeil et brille beaucoup plus que les autres.
Je m'arrête plusieurs fois pour la regarder scintiller, sans m'en fatiguer. D'ailleurs elle restera la dernière illuminée jusqu'au lever du jour.


En ce 11 septembre,  j'ai une pensée toute particulière pour toutes les victimes  innocentes de la barbarie humaine, de quelque bord que ce soit. Ce chemin m'apporte la preuve qu'il peut y avoir aussi, dans la nature humaine, de très bonnes choses. Tous les jours, je suis témoin de gestes de solidarité, de soutien, de compassion entre gens de bonnes volontés et de toutes nationalités.

Au bout de 6 kms voici Mansillas de las Mulas. Au fur et à mesure que je me m'approche de la grande ville, Léon, le nombre de pèlerins augmente, mais ce sont plutôt les voitures qui deviennent une gêne.


17 kms sont déjà parcourus , le temps de faire une petite pause dans le village d'Arcabueja. Il ne faut jamais se laisser abattre. Et les pélerins succèdent aux pélerins à la terasse de ce petit café, un peu à l'écart du chemin.


Maintenant destination Léon, ville de 135.000 habitants. Pour la première fois depuis mon passage en Espagne, je vois des vaches, ce qui m'inciterait à dire (comme dans la pub): Léon, reviens j'ai les mêmes à la maison.


Je peux vous le faire en version espagnole et en phonétique :
Léonne, reviens j'ai les mêmes à la maissonne.

Après avoir franchi l'Alto del Portillo,  je plonge sur Léon et belle surprise une fois de plus. Tandis que je me disais depuis plusieurs jours, tiens du crotin sur le chemin, quels sont donc leurs heureux donateurs. Et là, après la côte, je vois ces deux ânes. Un Chemin de Compostelle sans des pèlerins accompagnés de leurs ânes, ne seraient pas un vrai Chemin.



En les doublant j'ai eu une pensée très émue pour Geneviève Dubosq, que j'ai rencontré avant de partir et qui a fait son pèlerinage vers Jérusalem avec son âne.

Me voici donc à Léon, pour midi. Je vais, dans un premier temps, visiter la cathédrale avant de passer à table.

Cette cathédrale commencée en 1259 sur l'emplacement d'une ancienne église romane est une des plus belles d'Europe, avec ses 1800 mètres carrés de vitraux. Cet édifice est imposant pour l'époque alors que la cité ne comptait que 5000 habitants. Jouxtant la cathédrale Santa Maria de la Regla, visite de son très beau cloître.





Il est quatorze heures et après un repas bien arrosé, visite du reste de la ville.


La collégiale de San Isidro.


Le Couvent de San Marcos - Parador.


Il est temps de répartir et rejoindre l'albergue Casa Simon à Trobajo del Camino, 5 kms plus loin.

Après la pause du peregrinos,


J'emprunte le Puente San Marcos qui enjambe le Rio Bernesga.


Ainsi avec cette visite de la ville j'ai encore parcouru 39 kms, mais ce fût pour mon plaisir et pour le votre j'espère.