mercredi 22 octobre 2014

Jour J 42 - Etape 32

Me 22.10.2014
☀ 
Labouheyre - Onesse - 26 kms - 6h30.

Départ à 8h15, et dès la sortie de Labouheyre je prends l'autoroute....plus exactement, je prends la route de service qui longe l'autoroute et ce sur 10 kms.


Certes, j'ai l'avantage de ne pas la payer. Les panneaux me disent de ne pas dépasser les 130 kms/h, ce que j'essaye de respecter.

Par contre je profite de tous les "plaisirs" de l'autoroute, toujours de longues lignes droites, le maximum de bruit fait par les 6 voies de circulation, l'atmosphère de gaz brûlé...

Heureusement, pour rompre la monotonie du trajet, je reçois un coup de fil, (seule entorse au monde moderne....) de ma chère et tendre cousine Marie-Christine avec qui je discute avec d'autant plus de plaisir que je ne vois pas les kms défiler.

Vous allez me dire on ne téléphone pas en marchant, sur l'autoroute, c'est passible d'une amende et c'est dangereux (s'il venait un pèlerin en face....).

Pour les pèlerins, nous allons tous dans le même sens...

Par contre, et j' en fais l'expérience, téléphoner en marchant risque en effet de me faire rater des changements de direction, mais là pas de risque c'est vraiment tout droit.

Et comme, les concessionnaires de l'autoroute sont très prévenants, ils me signalent la sortie à 2.000 mètres, par un panneau immense, sans doute parce qu'ils savent que la vue chez les personnes âgées tend à baisser avec le poids des ans, et ce afin que je ralentisse mon allure, pour ne pas la rater.

C'est gentil, mais je ne vais pas m'exécuter une demi-heure avant.

Et sur cette autoroute, ils me confirment toujours en très grand, comme si le passage à la fontaine St Clair n'avait pas porté ses fruits ( voir ce que j'ai écrit hier sur les miracles possibles à cette fontaine) que je suis bien sur le chemin de Compostelle.


A moins que ce panneau s'adresse aux automobilistes et aux routiers qui sont comme tout le monde le sait " très sympa " puisqu'ils n'hésitent pas à jouer du klaxon ou du tromblon pour m'apporter leurs encouragements.

Enfin donc au bout de 10 kms, j' oblique à 45 degrés à droite pour enfin m'enfoncer dans la forêt de pins.



Il me faudra 4 à 5 kms, pour retrouver le calme, la douceur, les odeurs de bruyère et de pins chauffés par les rayons de soleil.

Ça y est je suis seul, enfin seul, loin de tout, quel delice !!!


J'atteinds les fermes de Lesbordes, véritables oasis, dans ce désert de pins, fermes posées sur un joli tapis vert, entourées de magnifiques chênes centenaires, rappelant si besoin est que la forêt de pins n'existait pas avant 1857.





C'est sous le Second Empire, que Napoléon III fit promulguer une loi pour "assainir et mettre en culture les Landes de Gascogne", qui étaient de véritables marécages.

C'est donc dans ce joli cadre que je fais ma pose méridienne, avant de repartir pour 1h30 de marche et rejoindre Onesse-et-Laharie terme de mon étape.



Ce soir nouvelle expérience puisque je vais dormir dans un mobil-home au camping municipal Bienvenue, 259 route de Mimizan.



Mais avant, je vais aller à la messe dans l'église du village,  première fois que j'en ai la possibilité depuis mon départ.

mardi 21 octobre 2014

Jour J41 - Etape 31

Ma 21.10.2014

Le Muret - Labouheyre - 31 kms -7h45.

Petit clin d'oeil à Arnaud qui fête aujourd'hui ses 28 ans. Bon anniversaire.

Encore une longue étape,  mais le fait de savoir qu'il reste 200 kms jusqu'au but final, donne bien du courage.

Direction, dès 8h15, Pissos qui se situe à 15 kms. Depuis hier soir, je suis rentré dans le département des Landes.

Je suis les premières indications balisées de la coquille jaune sur fond bleu, mais il existe une barrière qui semble infranchissable à traverser, l'autoroute.

Pour les animaux sauvages, sur les autoroutes, l'on aperçoit parfois des ponts paysagés pour leur faciliter le transit.

Mais pour les pèlerins, il n'y a rien.... et je me vois mal franchir cette saignée de bitume à 3 voix dans chaque sens.

Alors comme les animaux sauvages, je longe la haie métallique en remontant vers Bordeaux. Sans doute comme les animaux sauvages, je commence à stresser, car je me vois mal revenir sur le lieu où j'ai franchi cette maudite autoroute, à 10 kms d'ici.

Et par bonheur, comme une garenne faite par un lièvre, sous cette satanée autoroute, un petit passage se fait jour quelques centaines de mètres plus loin.

Je respire, ils ont fait un passage à pèlerins, je m'y engouffre, et comme les animaux sauvages, j'en sors très vite, presqu'en courant, craignant sans doute que la trappe ne se referme prématurément.

Là, je me sens enfin libre, trop réjoui de retrouver mon milieu devenu naturel : les Landes de pins.

Comme je m'y sens bien.



Je peux donc poursuivre mon chemin sur un nouveau terrain de jeux. En effet les pistes sont beaucoup plus sablonneuses.  Un sable blanc, très fin, parfait pour des châteaux de sable, mais dans lequel je m'enfonce.




Ça sera la première difficulté supplémentaire sur ce trajet prévu de 31 kms, mais qui en réalité en fait 38 kms au compteur.

Mais là beauté du paysage, la decouverte des premières fermes landaises, font un peu oublier cet effort physique nécessaire.




Je passe par le petit village de Moustey, et je n'oublie pas que je suis sur le chemin de Compostelle.




Je vais m'arrêter un peu avant Pissos pour reprendre des forces et entamer la deuxième partie, toujours sur des pistes sablonneuses (donc très fatiguantes pour les jambes) avec une nouvelle difficulté, le vent de face qui ralentit ma marche.

Il a l'avantage, c'est qu'il me rafraîchit.

Sur ces pistes j'y fais d'agréables rencontres et lorsque j'arrive dans les villages, je commence à voir, ce qu'on appelle ici, l'arbre de mai qui autrefois était dressé le premier dimanche de mai en l'honneur des élus ou en guise de prospérité ou en l'honneur de mariage.




Et troisième difficulté, j'ai terminé les 8 derniers kms sur une route bitumée toute droite, dans un paysage désertique, mais avec beaucoup de circulation.

J'ai poussé un ouf de soulagement quand je suis arrivé à l'église de Labouheyre,  lieu de rendez-vous,  que la personne s'occupant de l'association Arc en Ciel, m'a donné pour me conduire à mon hébergement, situé à 1km de la sortie du bourg.


lundi 20 octobre 2014

Jour J40 - Etape 30

Lu 20.10.2014
☀ 
Barp - Le Muret - 27 Kms - 6h45

Aujourd'hui encore au menu, la ligne droite. La seule distraction sera de mettre en avant ses facultés olfactives,  pour apprécier,  les parfums de résine, de mousses ou de champignons dégagés par cet environnement.

Je pars donc à l'assaut dès 8h15 de cette armada de pins. Dès les premiers kms une piste blanche s' ouvre devant moi et je m'engage fleur au fusil...plutôt fleur au bâton à l'attaque de cette armée romaine de centurions en bois.



En effet, les voici, alignés,  dans un ordre bien militaire, de part et d'autre de la piste près à en découdre avec le pèlerin qui passe.
Leur formation adoptée semble être celle de la tortue romaine et certaines de leurs branches mortes se dressent vers la piste, comme des pilums.
La bataille s'annonce d'avance inégale.



Mais comme dans toute armée,  il y a des récalcitrants, alors qu'on ne doit voir qu'une seule tête dans chaque rangée, parfois certains individus indisciplinés doivent se raconter des histoires et se tordent de rire et bien entendu sortent du rang.

Mais au bout de quelques temps je m'aperçois que cette menace n'est pas aussi réelle et que cette armée semble figée là depuis l'antiquité.

Alors, je commence à baisser la tête et regarder le bout de mes chaussures ( je vous rappelle que nous sommes toujours en ligne droite).

Puis j'observe que la piste est sableuse.....sablonneuse....Enfin qu'il y a du sable et que les empreintes sont parfaitement marquées.

Immanquablement, il y a celles du monde moderne, empreintes de roues de tracteurs ou de matériel forestier, empreintes de roues de motos et de vtt.

Mais plus intéressant,  je vois des empreintes du monde animal sauvage, pour lesquelles j'essaye de deviner l'origine.





Comme pour illustrer ces dessins, je vois passer ainsi, chevreuil, faisan.

C'est ainsi que les kms défilent et au bout de 15 kms, me voici dans Belin-Beliet, pour m'approvisionner et passer à table...sur un banc.

Après déjeuner,  je repars vers de nouvelles zones boisées pour atteindre Mons. Et là qu'elle n'est pas ma stupeur, sortie de nulle-part, une église en pleine forêt: le prieuré St Pierre de Mons avec sa chapelle et son hôpital qui hébergeait jadis les pèlerins qui venaient prier Saint Clair, guérisseur de tous les maux d'yeux.






D'ailleurs si vous voyez des petites croix sur la fontaine St Clair....c'est que vous êtes guéri.

Et si il y a une fontaine, c'est qu'il y a une source, et aussitôt l'environnement change dans ce désert de pins.




Je poursuis encore pendant 8 kms pour arriver à destination au Muret.

Mais là,  il faudra attendre 17h pour vérifier si le seul hébergement à 20 kms à la ronde est ouvert.

Ouf !! Bonne nouvelle. C'est un hôtel, certes, le Grand Gousier, rue de Mont de Marsan,  mais douche assurée,  sinon c'était le porche de la chapelle St Roch du Muret, mais sans aucun confort.




J'en profite pour dîner sur une table au pied de cette chapelle, jusqu'à la tombée de la nuit, et ce en tee-shirt.

dimanche 19 octobre 2014

Jour J39 - Etape 29

Di 19.10.2014
☀ 
Gradignan - Barp - 26,5 kms - 5h30.

Départ de Gradignan, dernier port d'attache relié à la ville. Et comme un navire, je file droit devant vers cette mer boisée et ombragée,  pour une traversée de cinq à six jours parmi les Landes.

Comme tout départ en mer, je longe les côtes, recouvertes d'algues à marée basse.  Ces algues sont, les dernières parcelles de champ de vignes.




Mon bateau à moi, ce sont ces fidèles grosses chaussures, qui n'ont plus de couleurs depuis tant de jours, de rosée, de poussière, de boue, de pluie....

Je prends donc le large, en empruntant des longues pistes comme si je suivais  le sillon laissé par un navire qui me précède.
 



Comme attiré par cet infini que je ne vois pas et pourtant qui semble se glisser entre ces arbres.



Après,  les six premiers kms où je vois encore la côte, je ne me sens pas perdu, puis c'est l'immensité de la mer....de pins des Landes.

Plus un bruit, le silence complet, total, comme si j'avais coupé la bande son.

En mer, il y a toujours le bruit des vagues sur la coque du bateau. Là,  rien, même pas le chant des oiseaux.

Seul le passage de quelques avions à très haute altitude, qui se déplacent en griffant d'un trait blanc, mon beau ciel azuré, me réveillent de cette somnolence qui me gagne en marchant.




Aussitôt mon attention est attirée par le clapotis que mon bateau produit (pour ceux qui ne suivent pas relisez plus haut...).

En effet, en faisant attention,  je m'aperçois que le pas cadencé et rythmé de mes chaussures (mon bateau à moi dans cette mer de pins) rompt ce silence et de plus, j'entends le grincement de mon sac à dos sur mes épaules, à chaque pas, comme s'il gémissait, marquant ainsi son mécontentement de partir en mer....alors que tout de même c'est moi qui le porte.




Un peu plus loin, je me suis demandé si vous n'alliez pas me poser la question suivante :

Que préfères-tu,  une forêt de petits pins, une forêt de moyens pins ou une forêt de grands pins des Landes. 


Après quelques instants de réflexion, je vous réponds...... une forêt de tous les Pins.....et cela me rappelle une histoire d'Ours Brun (n'est-ce pas Charles, mon fils) à qui l'on demandait: veux-tu une petite part de gâteau,  une moyenne part de gâteau ou une grande part de gâteau... moi je veux tous les gâteaux. 


Et pour en revenir à mes pins... Les petits sont jolis, les moyens sont majestueux et les grands font de l'ombre et par cette cagna, elle est très appréciée.




Et quand je cogite comme ça, le temps passe et j'avale sans trop de difficultés mes 26 kms et j'atteinds Barp vers 15h30,  pour prendre possession du gîte communal, rue de la forêt, et me reposer.




Enfin, je me douche, je prends mon petit 4h, je fais mon lit...... et je vous écris pour que vous puissiez "souffrir" avec moi.

Mais non, c'est un vrai plaisir que de reprendre le sac à dos chaque matin !!!